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COP17 : à Oulan-Bator, le capitalisme vert continue de piétiner les peuples de la terre

kinaassociation
6 sept.
5 min de lecture

Du 17 au 28 août 2026, les représentants de 197 États se sont réunis à Oulan-Bator, en Mongolie, pour la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (COP17).



Le slogan officiel, « Restaurer la terre, restaurer l'espoir », a des allures de belle promesse. Mais derrière les discours lissés des diplomates, cette conférence illustre une fois de plus la faillite d'un système qui prétend résoudre par le marché une crise qu'il a lui-même produite.


Une catastrophe qui porte un nom : l'agrobusiness et l'extractivisme


Qu'on ne s'y trompe pas : la dégradation des terres n'est pas une fatalité climatique tombée du ciel. Elle est le produit direct d'un modèle agricole et industriel mondialisé, pensé pour maximiser le rendement à court terme au profit d'une poignée d'actionnaires et de multinationales de l'agroalimentaire. Monocultures intensives, déforestation au service de l'exportation, surpâturage imposé par des filières d'élevage industriel, accaparement des ressources en eau par l'agrobusiness : les causes de la dégradation des sols portent des noms précis, ce sont ceux des multinationales qui ont fait main basse sur les terres du Sud global depuis des décennies.

Les chiffres sont vertigineux et devraient nous glacer le sang : 40 % des terres émergées seraient aujourd'hui dégradées, touchant près de la moitié de l'humanité. Chaque année, entre 2015 et 2019, au moins 100 millions d'hectares de terres productives ont été détruits par un système qui traite la terre nourricière comme une ressource à extraire jusqu'à épuisement plutôt que comme un bien commun à préserver.

1,8 milliard de personnes subissent aujourd'hui les effets de la sécheresse. Et ce sont, sans surprise, les paysans, les peuples autochtones et les populations les plus pauvres de la planète qui en paient le prix le plus lourd, alors qu'ils sont historiquement les moins responsables du désastre climatique et écologique en cours.



Le grand mensonge du financement privé


Voilà le nœud de la mascarade : les Nations Unies elles-mêmes estiment qu'il faudrait entre 2 100 et 2 600 milliards de dollars pour restaurer les terres dégradées de la planète d'ici 2030. En face, seuls 12 milliards de dollars ont été promis lors du précédent sommet de Riyad en 2024, une aumône, à peine 0,5 % des besoins réels. Et pendant que les délégations s'écharpent sur des virgules, l'ONU elle-même pousse à combler ce gouffre en misant sur… le secteur privé, qui ne fournit aujourd'hui que 6 % des financements.

Soyons clairs : demander aux multinationales et aux fonds d'investissement de financer la restauration des terres qu'elles ont contribué à détruire, c'est demander au pyromane de financer les pompiers, tout en le laissant choisir où l'eau sera versée. Le risque de « greenwashing » n'est pas une hypothèse lointaine, c'est un mécanisme déjà à l'œuvre : des capitaux privés qui s'habillent en vert pour continuer d'extraire de la valeur, verdir leur image de marque, et transformer un bien commun, la terre, en nouvel actif financier. Un géographe suivant les négociations n'a pas hésité à comparer la dynamique en cours à celle du football gangrené par la FIFA : une organisation censée servir l'intérêt général, progressivement colonisée par les logiques du profit et du sponsoring.


Quand Washington et Moscou sabotent la démocratie environnementale


Le vernis multilatéral a craqué dès le premier jour. Le 17 août, à l'ouverture même des négociations, la Russie et les États-Unis, deux puissances qui n'ont plus grand-chose à faire de la coopération internationale dès lors qu'elle contrarie leurs intérêts, se sont opposés à l'ordre du jour. Washington, en particulier, refusait d'aborder la participation de la société civile, les questions de genre et la reconnaissance des peuples autochtones. Un geste d'une brutalité politique rare, qui en dit long sur le mépris des grandes puissances pour les corps intermédiaires et les mouvements populaires dès lors qu'ils dérangent l'ordre établi.

La riposte ne s'est pas fait attendre. Le 20 août, une cinquantaine de représentants de peuples autochtones ont manifesté entre les bâtiments de la conférence, portés notamment par Hindou Oumarou Ibrahim, de l'Association des femmes peules autochtones du Tchad, qui a dénoncé un chaos délibérément entretenu par la délégation américaine, rappelant que dans sa région, des vies sont perdues chaque jour à cause de la soif et de l'avancée du désert. Le lendemain, les organisations non gouvernementales sont montées au créneau à leur tour, portées par la voix de Marioldy Sanchez Santivañez, qui a rappelé que sans la société civile, cette conférence perd toute légitimité.

Ce que révèle cet épisode, c'est une mécanique bien connue de la gouvernance mondiale néolibérale : plus les décisions engagent l'avenir des peuples, moins ces peuples ont voix au chapitre. Pendant que les mouvements paysans, autochtones et écologistes sont priés de se taire ou de patienter dans un couloir, les lobbies du secteur privé, eux, gagnent chaque année un peu plus de terrain dans les enceintes onusiennes. Un responsable d'une ONG de jeunesse bangladaise, venu chercher des engagements concrets sur la sécheresse, en a fait l'amère expérience : après une semaine de négociations, il constatait que des États entiers n'étaient même pas venus pour parler sérieusement de dérèglement climatique.


La Mongolie, victime d'un système qu'elle n'a pas choisi


Il y a une forme de cruelle ironie à voir la Mongolie accueillir ce sommet. Le pays est l'un des plus durement frappés par la crise qu'il tente d'endiguer : 77 % de son territoire serait affecté par la dégradation des terres, ses pâturages, qui font vivre 70 % de sa population rurale, sont ravagés par les sécheresses, le surpâturage et des « dzuds », ces hivers extrêmes de plus en plus violents qui déciment les troupeaux entiers. Le nombre annuel de tempêtes de sable et de poussière a plus que triplé depuis les années 1960. Voilà un pays pastoral, largement épargné par la responsabilité historique du dérèglement climatique, qui en subit pourtant les conséquences les plus dures, pendant que les grandes puissances industrielles, premières responsables des émissions cumulées, se contentent de bloquer l'ordre du jour à quelques milliers de kilomètres de là.

Coincée entre deux géants, la Russie et la Chine, la Mongolie tente une stratégie de survie diplomatique en multipliant les alliances internationales. On peut y voir une nécessité géopolitique légitime, mais aussi le symptôme d'un ordre mondial où les petits pays doivent constamment négocier leur souveraineté face aux appétits des grandes puissances, qu'elles soient impérialistes à l'ancienne ou capitalistes-vertes à la mode.


Sortir de l'impasse : une autre voie est nécessaire


`Trente ans après la création de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, à Rio en 1992, le constat est sans appel : les outils diplomatiques existent, les rapports scientifiques s'accumulent, les objectifs chiffrés se multiplient, mais rien ne change fondamentalement, parce que le système lui-même n'est jamais remis en question. On répare à la marge un modèle agricole et économique structurellement incompatible avec la préservation des sols, de l'eau et des écosystèmes, au lieu de s'attaquer à ses racines : la propriété privée des terres à grande échelle, la financiarisation de l'agriculture, le libre-échange qui pousse à l'exportation intensive plutôt qu'à la souveraineté alimentaire locale, et un ordre géopolitique où quelques puissances peuvent, d'un simple geste, bloquer la voix de centaines de millions de paysans et de peuples autochtones.

Face à cela, des alternatives existent et sont portées, sur le terrain, par les mouvements paysans, les peuples autochtones et les collectifs écologistes : agroécologie paysanne plutôt qu'agrobusiness exportateur, réappropriation collective des terres plutôt que financiarisation, souveraineté alimentaire plutôt que dépendance aux marchés mondiaux, démocratie directe des communautés concernées plutôt que sommets fermés où les décisions se prennent entre chefs d'État et lobbies privés. Ce sont ces voix-là, systématiquement marginalisées dans les couloirs feutrés d'Oulan-Bator, qui portent pourtant les seules solutions réellement à la hauteur de l'urgence.

Restaurer la terre, oui. Mais pas en confiant les clés du problème à ceux qui en tirent profit depuis des décennies.


Plus d'informations sur unccd.int/cop17.

 
 
 

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