Les événements sportifs et l’environnement : un mélange aux conséquences amères pour notre planète.
- kinaassociation
- 29 mai 2023
- 6 min de lecture

Pratiquer du sport n’est pas en soi une activité polluante si elle est faite par exemple à domicile ou dans une salle de sport collectif. Mais quand il s’agit du haut niveau, d’une pratique professionnelle avec un cadre et des enjeux économiques, sportifs et sociaux les conséquences écologiques sont beaucoup plus importantes. Les déplacements à l’autre bout du monde, des infrastructures toujours plus performantes et souvent sans cadre écologique, autant d’exemples qui montrent que le sport, et les fédérations internationales et nationales ne sont pas à l’avant-garde de la protection environnementale. Mais alors en quoi existe-t-il une forte contradiction dans le monde du sport et qu’elles sont ceux qui polluent le plus ?
Des choix qui interrogent
Il ne faut pas une conscience écologique extrêmement développée pour questionner les choix que peuvent prendre les différentes instances sportives. Premier exemple assez éloquent les derniers Jeux olympiques d’hiver se sont déroulés en Chine, un pays où les chutes de neige se font rares. C’est alors que le monde a vu naître sous ses yeux consternés, mais complices les pistes de ski dans les régions de Yanqing et de Zhangjiakou. Les années passent, des scandales écologiques sont médiatisés, comme les malaises des marathonien.ne.s lors des mondiaux d’athlétisme organisés au Qatar en 2019 sous une chaleur suffocante, pourtant les réactions et les décisions au moins plus cohérentes se font attendre. Pire même les aberrations en termes de choix et d’organisation continuent sans actions des instances politiques internationales. Les rapports du GIEC, dont le dernier date de mars, se font toujours plus alarmants, mais la prochaine édition des jeux asiatiques d’hiver devrait se tenir en Arabie Saoudite, dans le désert et en bordure de la mer Rouge. Face à ce constat, le monde du sport est en réalité un univers rempli de contradiction : sans aucun doute bon pour la santé, mais polluant, prônant des valeurs humanistes, mais éminemment politique ce décalage montre à quel point notre société contemporaine a pu rendre l’écosystème sportif éloigné de ses objectifs premiers. Toutefois, toutes les sphères et personnalités liées au milieu devraient se rendre compte que dans un monde à +2 et +4 °C, c’est la pratique même d’innombrables sports qui est en péril. Le WWF dévoilait dans un rapport accablant le scénario réaliste des sports dans un monde à +2 et +4 °C. Selon ses prédictions, la fréquence des canicules devrait doubler d’ici à 2050. Des épisodes de chaleur qui auront un impact considérable sur la santé, l’organisation d’événements, la qualité de l’air et les performances. Au-delà du fait que la pratique sportive soit déconseillée au-delà de 32 °C, l’augmentation des périodes de sécheresse rendra les terrains de football impraticables. Côté sports de glisse, deux mois d’enneigement en moins par an sont à prévoir. Sans parler des sports nautiques menacés par la montée des eaux.
Concrètement qu'est-ce qui pollue ?
Le principal émetteur de gaz à effet de serre quand il s’agit de sport, c’est avant tous les déplacements qu’impliquent les événements de grande ampleur et les infrastructures qui les entourent. Là encore une dualité : voyager pollue, mais la satisfaction, le bonheur que procurent les voyages et la possibilité de voir ses sportifs préférés priment sur les questionnements écologiques.
La dernière coupe du monde de football d’abord présentée comme écologique par les organisateurs et la fédération, fut en réalité polluante par la construction de nombreux stades climatisés. Le choix de faire tourner des systèmes de climatisation très énergivores, dans des stades de foot à ciel ouvert, est alors une aberration d’un point de vue écologique. Ainsi, avant même son début, cette édition était qualifiée par les spécialistes comme un désastre écologique. Les nombreux déplacements intérieurs proposés par le pays à entraîner l’émission d’une quantité importante de CO2 couplé aux déplacements internationaux.
In fine, c’est bien tout ce qui existe autour des événements, les vêtements, équipements et les infrastructures qui ont un impact important sur la planète. Dans chaque sport, des plans d’actions sont proposés, mais des décisions concrètes se font attendre. Pourtant, le débat remonte à plusieurs décennies lorsque la prise de conscience écologique touche les puissances occidentales, les reines des événements sportifs, et que les Jeux olympiques sont questionnés pour leur impact sur l’environnement. Le CIO participe au sommet de Rio en 1992, au cours duquel son président déclare : « L’olympisme qui est principalement une culture enracinée dans la nature doit être au premier rang du combat pour préserver notre planète » (Samaranch, 1992). En 1995, l’environnement est proclamé troisième pilier de l’olympisme et fut intégré à la charte olympique l’année suivante.
Des efforts ont certes été effectués, puisque depuis les Jeux olympiques de Londres en 2012, les institutions ont consenti à de gros efforts pour évaluer l’empreinte écologique des événements, allant de la gestion des déchets ou la maîtrise de l’eau et de l’énergie. Mais il existe un décalage entre les discours et les résultats concrets dans les décisions des grandes instances. Par exemple, certaines éditions des Jeux olympiques finissent même par être qualifiées de catastrophes écologiques.
Les JO d’hiver organisés à Sotchi en 2014.
La ville, sur la même latitude que Marseille, prend, en temps normal, des allures de station balnéaire, mais en aucun cas d’une station de sports d’hiver, pourtant, ce fut le cas en 2014. Implanter les JO dans cette région a demandé des travaux colossaux, souvent au prix de la qualité de vie des autochtones et du paysage. Pour deux semaines de compétitions, 400 km de routes, 70 ponts, 12 tunnels et un aéroport en plein milieu d’un espace naturel ont été érigés. Une partie des infrastructures nécessaires à la tenue de l’événement ont été construites dans des parcs nationaux ou dans des réserves naturelles. Les espaces verts du centre ont été détruits pour laisser place à 41 000 chambres d’hôtel.
Plus globalement, il existe des événements sportifs plus polluants que d’autres, on retrouve notamment les sports automobiles avec la célèbre course de Rallye Paris Dakar à cause des rejets importants de CO2 (d’après Stéphen Kerckhove, délégué général d’agir pour l’environnement l’événement émet près de 40 000 tonnes de CO2).
Le ski largement pratiqué entraîne à la fois une pollution sonore et une pollution lumineuse pour les écosystèmes montagneux, aussi touchés par une destruction due aux montreuses infrastructures construites. En réalité, ce sport est coincé dans une spirale négative :victime du réchauffement climatique par l’augmentation des températures la sauvegarde des pistes tient pour certaines à l’utilisation de canon à neige qui sont de véritables fléaux environnementaux. Elle permet aux exploitants de réduire les risques d’enneigement insuffisant et d’exploiter au mieux les chutes de neige ultérieures. Lorsque les sécheresses se multiplieront et que des choix devront être faits quant à l’utilisation de l’eau, il est fort probable que l’usage de ces canons à neige soit remis en question.
Le golf quant à lui nécessite des quantités considérables d’eau, une ressource qui viendra à manquer dans les années à venir. Face à ce constat, la question de la tenue des événements sportifs interroge. Faut-il les maintenir ?
La solution la plus durable serait d’inclure une démarche nettement plus écologique lors de l’organisation de ces événements. De réelles actions doivent être prises en raison de l’urgence climatique, chaque action doit se faire dans un souci écologique.
Des consultations populaires peuvent empêcher la tenue d’un événement sportif comme ce fut le cas pour la ville de Saint Moritz ou de Munich pour les Jeux olympiques d’hiver de 2022. Comme dans plusieurs autres domaines, L’argument écologique est un axe de communication important.
Notre Avis
Ainsi et plus globalement tout rassemblement de masse, quelle qu'en soit la nature, a un impact sur l’environnement. La pratique sportive à son avenir intimement liée au réchauffement climatique. Les événements rassemblent du monde et participent au bien-être des populations en termes de plaisir et d’interaction sociale. Pour qu'ils perdurent, l’ensemble des acteurs du secteur doivent se rendent compte de l’urgence d’agir pour préserver la planète. Pour ceux qui ne sont pas amateurs des compétitions sportives, les supprimer ne pose pas de problème, mais il est important de noter que cet écosystème fait vivre un nombre considérable de personnes en les employant. La balle est maintenant dans les mains des décideurs et des instances, mais chaque habitant peut élever la voix contre les événements polluants. Les solutions faisables et pertinentes sont toujours possibles à partir du moment où tous les enjeux sont pris en compte.
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