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Le tueur silencieux : une étude prouve que même les pesticides autorisés augmentent le risque de cancer de 150 %

  • kinaassociation
  • 12 avr.
  • 5 min de lecture

C'est quoi les pesticides ?

Le mot pesticide vient du latin pestis (la peste, le fléau) et de l'anglais side (tuer). C'est un terme générique qui désigne des substances chimiques ou naturelles conçues pour repousser, attirer, ou éliminer des organismes vivants considérés comme nuisibles. Si les pesticides ont permis d'augmenter les rendements agricoles et de lutter contre certaines maladies, ils posent aujourd'hui trois problèmes majeurs. Comme le montre l'étude au Pérou dont nous allons parler, l'exposition chronique peut dérégler nos cellules et favoriser des cancers ou des maladies Parkinsoniennes. De même, ils ne trient pas toujours leurs victimes. Un insecticide peut tuer les abeilles (pollinisateurs) et les vers de terre (indispensables au sol). Au delà de ça, à force d'être utilisés, certains insectes ou herbes mutent et deviennent "super-résistants", obligeant à utiliser des doses encore plus fortes.


On les classe généralement selon leur cible. Les trois principaux sont :

  • Les Herbicides : Pour tuer les "mauvaises herbes" (ex: le glyphosate).

  • Les Insecticides : Pour éliminer les insectes qui mangent les cultures ou transmettent des maladies (ex: les néonicotinoïdes).

  • Les Fongicides : Pour combattre les champignons et les moisissures.

Il en existe d'autres, comme les rodenticides (contre les rongeurs) ou les acaricides (contre les tiques et les acariens).


SDES, États des lieux des ventes et des achats de produits phytosanitaires en France en 2022. Crédits : SDES, 2024


Une définition élargie

Bien que le terme « pesticides » évoque immédiatement l'agriculture intensive, il englobe une réalité beaucoup plus vaste. En France et dans le monde, ces substances sont classées selon leur cible, mais aussi selon leur cadre d'utilisation.

Avant d'arriver dans nos foyers, les pesticides sont massivement utilisés pour la gestion des infrastructures publiques :

  • Transport : Entretien des voies ferrées (SNCF), des pistes d'aéroports et des accotements routiers pour limiter la végétation.

  • Espaces publics : Entretien des parcs, jardins publics et cimetières (bien que la législation "Labbé" limite désormais cet usage pour les collectivités en France).

  • Santé publique : Campagnes de dératisation et de désinsectisation urbaines.


Les pesticides à la maison : Une présence invisible

L'exposition domestique est souvent sous-estimée. De nombreux produits du quotidien sont techniquement des pesticides, bien que nous les appelions par d'autres noms.

Tout d'abord dans le jardinage. Les désherbants pour les allées, fongicides pour les rosiers ou insecticides pour le potager sont infestés de ces pesticides. De même dans la lutte contre les nuisibles avec les bombes insecticides contre les mouches, sprays contre les cafards, ou dispositifs anti-fourmis. Même dans les soins vétérinaires : les colliers, pipettes et sprays contre les puces et les tiques pour chiens et chats contiennent des substances actives puissantes. Enfin, via certains produits de traitement du bois (anti-termites) ou même certains textiles traités contre les acariens.

L'idée reçue consiste à croire que nous ne sommes exposés que par l'ingestion (aliments et eau). Or l'exposition aux pesticides ne se fait pas que par l'assiette. En réalité, les voies de pénétration dans l'organisme sont multiples.

Elles peuvent résulter d'une ingestion en effet, dans des résidus sur les fruits et légumes, mais aussi l'eau potable polluée par le ruissellement. Mais aussi d'une inhalation via la respiration de particules lors de l'utilisation de sprays ou par la volatilisation des produits après application dans une pièce. Plus encore et souvent sous-estimé, le contact cutané, l'absorption par la peau lors du jardinage ou en caressant un animal de compagnie récemment traité.

C'est pour cela que la science étudie désormais l'exposome : la totalité des produits auxquels nous sommes exposés de notre naissance à notre mort.


Un impact environnemental global

Même si l'agriculture utilise la majorité des volumes, les usages domestiques et urbains ne sont pas négligeables. Les pesticides utilisés sur les surfaces imperméables (terrasses, trottoirs) sont directement entraînés par la pluie vers les réseaux d'eaux pluviales puis vers les cours d'eau, sans filtration naturelle par le sol. L'usage au jardin peut avoir un impact direct sur les insectes pollinisateurs (abeilles) et la microfaune du sol.


Les recherches autour de ces substances chimiques pullulent. Mais c'est une découverte péruvienne nouvelle qui a aujourd'hui attiré notre attention.



Une découverte majeure le risque des pesticides "non cancérogènes"


Une étude menée au Pérou par un consortium international (IRD, Institut Pasteur, Université de Toulouse, Inen) révèle une réalité alarmante : des pesticides classés comme non cancérogènes par les autorités sanitaires augmentent pourtant de 150 % le risque de développer un cancer. Cette recherche bouscule les paradigmes actuels de l'évaluation toxicologique, qui se concentre souvent sur une substance isolée plutôt que sur l'effet cocktail.

Le classement du CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) s'appuie sur des preuves de cancérogénicité avérées. Ici, aucun des trente-et-un pesticides étudiés n'était classé comme tel, ce qui souligne une faille dans la surveillance actuelle.


Une méthodologie basée sur la cartographie haute résolution

Pour obtenir ces résultats, les chercheurs ont utilisé une approche géographique croisant deux types de données massives :

  • La modélisation environnementale (2014-2019) : Analyse de la dispersion de 19 insecticides, 7 fongicides et 5 herbicides.

  • Les données épidémiologiques (2007-2020) : Analyse de plus de 158 000 cas de cancers enregistrés au niveau national.

Le Pérou a été choisi non seulement comme terrain d'expertise pour le chercheur Jorge Honles, mais aussi pour la précision rare de ses registres de santé et environnementaux géolocalisés.


Identification des 436 "Hotspots" de risque

L'étude a permis d'identifier 436 zones critiques (points chauds) où le risque de cancer est 2,5 fois plus élevé que dans le reste du pays. Ces zones se répartissent sur trois zones géographiques distinctes :

  • La Côte Pacifique : Zones d'agro-industrie intensive (Ancash, Piura, Ica).

  • Les Andes : Vallées encaissées où le ruissellement concentre les produits chimiques.

  • L'Amazonie : Zones de déforestation où l'agriculture avance au détriment de la forêt primaire.

L'étude note également que les phénomènes climatiques comme El Niño aggravent la situation en modifiant le ruissellement et en poussant les agriculteurs à adapter (souvent à augmenter) leurs traitements chimiques.


Le foie ou première victime biologique

Pourquoi des substances "inoffensives" isolément deviennent-elles dangereuses ensemble ? Les chercheurs ont analysé le foie de patients vivant dans ces zones à risque. Le foie est l'organe central de la détoxification (filtration des xénobiotiques).

Ainsi, avant même l'apparition d'une tumeur, les pesticides perturbent les réseaux transcriptionnels des cellules hépatiques. En clair, l'identité et la fonction des cellules sont modifiées, les rendant beaucoup plus vulnérables à d'autres agressions (hépatites, alcool, inflammation) qui déclencheront le cancer.


Une injustice sociale et environnementale

L'étude souligne une dimension éthique profonde : les populations les plus touchées sont les communautés autochtones (Asháninka, Quechua, etc.) et les paysans. Ces populations vivent au cœur des zones de traitement et vivent ainsi une surexpositions à ces substances chimiques. De même les zones rurales nommées des déserts médicaux sont souvent les moins bien équipées en infrastructures de santé pour le diagnostic précoce et le traitement oncologique.


Vers une révolution de l'évaluation des risques (L'exposome)

Cette étude appelle à passer d'une évaluation substance par substance à la prise en compte de l'exposome.

Concept

Méthode Classique

Approche par l'exposome

Cible

Une molécule unique

Somme des expositions (chimiques, infectieuses, sociales)

Seuil

Dose létale ou toxique définie

Effets cumulés et interactions sur le long terme

Temporalité

Mesure ponctuelle

De la naissance (voire in utero) à la mort



L'enjeu futur sera ainsi de généraliser cette méthode à d'autres pays pour forcer une révision des tests de toxicité mondiaux, en intégrant les effets "non génotoxiques" (qui ne cassent pas l'ADN directement mais perturbent le fonctionnement cellulaire) provoqués par les cocktails de pesticides.

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